

L'équipe Texto SMS Gratuit
12 septembre 2026 · 13 min de lecture
Introduction : un prélèvement qui tombe le 5 du mois
Trois semaines après l'enterrement, le relevé bancaire du compte de votre mère affiche un prélèvement de 24,99 €. Le forfait mobile. Celui du téléphone qui est resté dans le tiroir de la table de nuit, éteint depuis. Vous appelez l'opérateur : trente minutes d'attente, puis un conseiller vous explique qu'il faut « envoyer un courrier », qu'il ne peut « rien faire par téléphone », et que de toute façon vous n'êtes pas le titulaire de la ligne.
Cette scène, des centaines de milliers de familles françaises la vivent chaque année. Environ 660 000 décès sont enregistrés annuellement en France selon l'Insee, et derrière chacun d'eux se cache au moins une ligne mobile, souvent une box, parfois un abonnement à une offre groupée. Personne ne prépare ça. Personne ne sait que la loi encadre précisément cette situation.

Ce guide couvre l'ensemble du sujet : la résiliation sans frais garantie par le Code des postes et des communications électroniques, le cas où l'on souhaite au contraire conserver le numéro au sein de la famille, la récupération des données présentes sur le téléphone, et les erreurs qui coûtent cher — dont la plus fréquente : faire opposition à la carte bancaire avant d'avoir résilié.
Ce que dit la loi française en 2026
Le texte de référence est l'article L. 224-39 du Code de la consommation, complété par les dispositions du Code des postes et des communications électroniques. Il prévoit deux droits distincts, et il est essentiel de ne pas les confondre.
Droit n°1 — La résiliation sans pénalité
En cas de décès du titulaire, le contrat de communications électroniques peut être résilié sans frais ni pénalité de résiliation, y compris si la ligne était encore sous engagement de 12 ou 24 mois. C'est une exception expresse au principe contractuel habituel.
Concrètement, cela signifie que l'opérateur ne peut pas réclamer :
- les mensualités restant à courir sur l'engagement ;
- les fameux « frais de résiliation » ou « frais de clôture de dossier » — un point devenu sensible depuis que certains opérateurs les ont étendus aux forfaits sans engagement en 2026 ;
- une soulte liée à un téléphone subventionné, sauf si le mobile faisait l'objet d'un contrat de crédit distinct (voir plus bas, c'est le vrai piège).
Droit n°2 — Le délai de facturation encadré
La résiliation prend effet au plus tard dans un délai de 10 jours à compter de la réception de la demande. Les sommes éventuellement prélevées au-delà doivent être remboursées dans les 30 jours.
Retenez la date de réception, pas la date d'envoi. C'est elle qui déclenche le compteur, et c'est pour cette raison que la lettre recommandée avec accusé de réception reste le format le plus sûr, même en 2026.
Droit n°3 — La suspension, souvent oubliée
Beaucoup de familles ne veulent pas résilier immédiatement : il faut d'abord prévenir les contacts, vérifier quels services utilisaient ce numéro comme second facteur d'authentification, récupérer des messages. La plupart des opérateurs acceptent une suspension temporaire de ligne (généralement jusqu'à 6 mois, parfois gratuite les deux premiers mois). Demandez-la explicitement si vous avez besoin de temps : elle gèle la facturation data/voix sans supprimer le numéro.
Le dossier à constituer : documents exacts
Inutile de multiplier les allers-retours. Un dossier complet du premier coup est traité en une à deux semaines ; un dossier incomplet peut traîner deux mois.
| Document | Obligatoire | Précisions |
|---|---|---|
| Acte de décès | Oui | Copie intégrale, délivrée gratuitement par la mairie du lieu de décès ou du dernier domicile. Demandez-en 8 à 10 exemplaires d'emblée : banques, assurances, mutuelles, opérateurs. |
| Numéro de ligne et numéro client | Oui | Figurent sur la dernière facture. À défaut, le numéro de téléphone suffit souvent. |
| Pièce d'identité du demandeur | Oui | Recto-verso. |
| Justificatif de qualité d'héritier | Souvent | Livret de famille, acte de notoriété établi par un notaire, ou attestation signée des héritiers. |
| RIB pour remboursement de trop-perçu | Recommandé | Celui de la succession si un compte est ouvert, sinon celui du demandeur avec accord des cohéritiers. |
| Demande écrite datée et signée | Oui | Précise la date d'effet souhaitée. |
Un conseil très concret : ces démarches en génèrent des dizaines d'autres. Un classeur à intercalaires dédié à la succession, où l'on range chaque accusé de réception, évite les conflits entre héritiers six mois plus tard, quand plus personne ne se souvient de qui a envoyé quoi. Les guides pratiques de succession vendus en librairie, mis à jour chaque année, contiennent par ailleurs des modèles de courriers réutilisables pour la banque, la mutuelle et l'opérateur.
Le courrier type de résiliation
Voici une trame éprouvée, à adapter. Envoyez-la en recommandé avec accusé de réception à l'adresse du service résiliation figurant sur la facture (et non au siège social, qui redirige avec retard).
Objet : Résiliation pour cause de décès du titulaire — ligne 06 XX XX XX XX
Madame, Monsieur,
Par la présente, je vous informe du décès de [Nom Prénom], survenu le [date], titulaire de la ligne mobile n° 06 XX XX XX XX (référence client n° XXXXXX).
Conformément à l'article L. 224-39 du Code de la consommation, je vous demande de procéder à la résiliation de ce contrat sans frais ni pénalité, y compris au titre d'un éventuel engagement en cours, avec effet au plus tard dix jours après réception de la présente.
Vous trouverez ci-joint la copie de l'acte de décès, ma pièce d'identité et [justificatif de qualité d'héritier].
Je vous remercie de bien vouloir m'adresser une confirmation écrite de la résiliation, ainsi que le solde de tout compte. Le cas échéant, les sommes indûment prélevées seront à rembourser sur le compte dont le RIB est joint.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
Gardez une copie scannée de l'ensemble. Un scanner portable à alimentation automatique fait gagner un temps considérable quand il faut envoyer les mêmes pièces à douze organismes différents.
Le piège n°1 : le téléphone subventionné et le crédit affecté
C'est le point sur lequel les familles se font le plus souvent rattraper.
Quand un smartphone haut de gamme a été « offert » avec un forfait, deux montages coexistent en France :
- La subvention contractuelle classique. Le prix du mobile est lissé dans l'abonnement. En cas de décès, la résiliation sans frais s'applique : rien n'est dû.
- Le crédit à la consommation affecté. L'opérateur passe par un organisme de financement partenaire, et l'acheteur a signé un contrat de crédit distinct. Ce contrat ne s'éteint pas avec le décès : la dette entre dans le passif de la succession.
Dans le second cas, vérifiez immédiatement l'existence d'une assurance décès-invalidité adossée au crédit. Elle est fréquente et souvent oubliée : un simple courrier à l'organisme prêteur, acte de décès à l'appui, peut solder le reliquat. Si la succession est déficitaire, les héritiers peuvent par ailleurs y renoncer ou l'accepter à concurrence de l'actif net — une décision qui se prend avec le notaire, jamais seul.
Le piège n°2 : couper la ligne trop vite
Un numéro de mobile, en 2026, n'est plus seulement un moyen d'être appelé. C'est une clé d'authentification. Avant de résilier, faites l'inventaire de ce qui dépend encore de ce numéro :
- comptes bancaires et validation des virements par SMS ;
- comptes fiscaux et administratifs (impots.gouv.fr, Ameli, France Connect) ;
- messageries, comptes de stockage photo, réseaux sociaux ;
- abonnements récurrents facturés par prélèvement.
Une fois la ligne résiliée, le numéro est « quarantainé » pendant plusieurs mois par l'opérateur, puis réattribué à un nouveau client. Tous les codes de validation destinés au défunt arriveront alors chez un inconnu. C'est un risque réel de fraude à la succession, régulièrement signalé par la CNIL dans ses recommandations sur les données des personnes décédées.

L'ordre correct est donc : suspendre → basculer les authentifications → récupérer les données → résilier.
Conserver le numéro dans la famille : le transfert de titularité
Il arrive qu'on ne veuille pas perdre ce numéro. Celui du conjoint que les enfants connaissent par cœur. Celui de l'entreprise artisanale que le fils reprend. Celui qui figure encore sur des centaines de documents.
Deux voies existent.
La cession de ligne (changement de titulaire)
Tous les opérateurs français pratiquent le transfert de titularité. La procédure demande :
- un formulaire de cession, disponible en espace client ou sur demande ;
- l'acte de décès ;
- un justificatif de qualité d'héritier — et, s'il y a plusieurs héritiers, l'accord écrit de tous ;
- l'identité, le RIB et le mandat de prélèvement du nouveau titulaire.
Le nouveau titulaire reprend le contrat en l'état, engagement compris. C'est un point à peser : si le forfait est à 39,99 € sur une offre de 2019 devenue obsolète, il vaut souvent mieux reprendre la ligne puis la porter ailleurs avec le RIO dans un second temps.
La portabilité via le RIO
Le Relevé d'identité opérateur (obtenu en composant le 3179 depuis la ligne concernée, gratuitement) permet de transférer le numéro chez un autre opérateur en conservant le numéro. Encore faut-il pouvoir passer l'appel : d'où l'intérêt de récupérer le RIO avant toute suspension ou résiliation. Notez-le quelque part de sûr — il reste valable un temps limité.
En pratique : demandez le RIO dès les premiers jours, même si vous ne savez pas encore quoi faire du numéro. C'est gratuit, ça n'engage à rien, et ça évite de devoir rouvrir un dossier fermé.
Récupérer les données du téléphone : ce que dit le droit
C'est la partie la plus délicate, et la plus chargée émotionnellement. Les photos, les messages vocaux, les SMS d'un proche disparu ont une valeur que rien ne remplace.
Le cadre juridique
Le RGPD ne s'applique pas aux personnes décédées. C'est la loi Informatique et Libertés, dans sa rédaction issue de la loi pour une République numérique de 2016, qui prend le relais. Elle prévoit que toute personne peut définir de son vivant des directives relatives au sort de ses données après sa mort, générales ou particulières, et désigner un tiers de confiance.
À défaut de directives, les héritiers peuvent exercer certains droits auprès des services en ligne : faire clôturer les comptes, obtenir les données nécessaires au règlement de la succession, faire actualiser les informations. La CNIL met à disposition sur son site des modèles de courriers pour ces demandes.
En pratique, sur l'appareil
- Le code de déverrouillage change tout. Si vous le connaissez, sauvegardez immédiatement : transférez les photos vers un ordinateur, exportez les SMS. Si vous ne le connaissez pas, les fabricants ne le contournent pas, même sur présentation d'un acte de décès. C'est une limite technique et volontaire.
- Ne laissez pas la batterie mourir complètement. Un appareil totalement déchargé pendant des mois peut ne plus redémarrer. Branchez-le sur un chargeur secteur multiport une fois par semaine si vous n'avez pas encore traité le sujet.
- Sauvegardez sur un support physique. Un disque dur externe portable de 2 To conservé chez un membre de la famille vaut mieux qu'un cloud dont plus personne ne connaîtra le mot de passe dans cinq ans.
- Les services cloud grand public (Google, Apple, Meta) disposent tous de procédures de « compte inactif » ou de « contact légataire ». Elles fonctionnent, mais prennent des semaines et exigent des pièces justificatives.

Un mot sur la carte SIM elle-même : elle peut encore contenir des contacts et, sur des appareils anciens, quelques SMS. Un lecteur de carte SIM USB permet de les extraire pour quelques euros. C'est souvent le seul moyen de récupérer le répertoire d'un téléphone à clapet utilisé par une personne âgée.
Que faire du téléphone ensuite
Une fois les données sauvegardées, trois options raisonnables :
- Le réinitialiser et le réutiliser dans la famille. Réinitialisation d'usine complète, puis désactivation du verrouillage lié au compte du défunt — étape indispensable, sans quoi l'appareil restera bloqué.
- Le revendre en reconditionné. Les opérateurs et les plateformes spécialisées reprennent les modèles récents. Vérifiez que le compte constructeur est bien dissocié avant l'envoi.
- Le recycler. Les points de collecte en boutique opérateur et les déchetteries acceptent les mobiles ; un smartphone contient une quinzaine de métaux récupérables.
Dans tous les cas, ne jetez jamais un mobile à la poubelle ordinaire : c'est un déchet d'équipement électrique et électronique, et la filière de collecte est gratuite.
En cas de blocage : les recours
Si l'opérateur ne répond pas, continue de prélever ou réclame des frais indus :
- Étape 1 — Le service client, par écrit, avec rappel de l'article L. 224-39.
- Étape 2 — Le service consommateurs de l'opérateur, adresse dédiée figurant dans les conditions générales.
- Étape 3 — Le Médiateur des communications électroniques, saisine gratuite en ligne, possible deux mois après la première réclamation écrite restée sans réponse satisfaisante.
- Étape 4 — Signal Conso, la plateforme de la DGCCRF, pour signaler la pratique.
En parallèle, ne faites jamais opposition au prélèvement avant d'avoir résilié. Vous transformeriez une simple demande de remboursement en incident de paiement, avec relances, mise en demeure et risque de fichage. Demandez le remboursement, ne bloquez pas le compte.
Anticiper : ce que chacun peut faire de son vivant
La leçon de tout ce parcours est simple : quelques minutes de préparation évitent des mois de démarches.
- Rédiger des directives sur ses données numériques, même informelles, et indiquer où elles se trouvent.
- Consigner les identifiants essentiels dans un gestionnaire de mots de passe avec contact d'urgence, ou dans un carnet de mots de passe papier rangé avec les papiers importants.
- Lister ses abonnements récurrents sur une feuille unique : opérateur mobile, box, streaming, assurances.
- Noter le numéro client et le RIO de chaque ligne du foyer.
Ce n'est pas morbide. C'est le même geste que de ranger son contrat d'assurance habitation dans un endroit connu de tous.
À retenir
| Situation | Action prioritaire | Délai |
|---|---|---|
| Décès constaté | Demander 8-10 actes de décès en mairie | Immédiat |
| Ligne encore active | Demander le RIO au 3179, puis suspension | Première semaine |
| Données à récupérer | Sauvegarder photos, SMS, contacts | Avant résiliation |
| Résiliation | LRAR avec acte de décès | Effet sous 10 jours |
| Prélèvement après résiliation | Demande écrite de remboursement | Sous 30 jours |
| Refus ou silence | Médiateur des communications électroniques | Après 2 mois |
Personne ne devrait avoir à découvrir ces règles dans l'urgence, entre deux rendez-vous chez le notaire. Elles existent, elles sont favorables aux familles, et elles s'appliquent à tous les opérateurs français sans exception. Il suffit de les invoquer clairement, par écrit, avec les bonnes pièces jointes.

